L'évidence des chancelleries occidentales tient en une phrase : Netanyahu tombe, donc quelque chose change. Les sondages Channel 12Channel 12 (Kan 12)
Chaîne de télévision commerciale israélienne. Ses sondages politiques sont parmi les plus suivis en Israël, régulièrement cités comme baromètre de l'opinion publique. du 26 avril 2026 placent BeyachadBeyachad (« Ensemble »)
Alliance électorale formée entre Naftali Bennett (Matzad) et Yair Lapid (Yesh Atid) en vue des élections de 2026. Vise à rassembler le centre et le centre-droit contre le bloc Netanyahu., l'alliance entre Naftali BennettNaftali BennettAncien Premier ministre d'Israël (2021–2022)Fondateur de Matzad. Nationaliste religieux, favorable à l'annexion de la zone C. Chef de file probable du prochain gouvernement selon les sondages de 2026. et Yair LapidYair LapidChef de Yesh Atid, ancien Premier ministre (2022)Journaliste devenu homme politique. Premier ministre de juillet à décembre 2022. Centre libéral. Partenaire de Bennett dans Beyachad., à 26 sièges, contre 25 au LikudLikud
Parti de droite israélien fondé en 1973. Formation politique de Benjamin Netanyahu depuis 1993., et créditent le bloc d'opposition d'environ 60 sièges contre une cinquantaine au bloc gouvernemental. Le calcul arithmétique suggère donc une alternance ; le calcul politique, lui, suggère autre chose.
Le verrou pénal devenu instrument de gouvernement
Un Premier ministre israélien n'est pas tenu de démissionner sur inculpation, ni sur mise en examen, ni sur ouverture de procès, mais uniquement sur condamnation définitive : le droit constitutionnel l'a écrit ainsi, et personne, depuis 2019, n'a jugé utile de le réécrire. Inculpé en novembre 2019 dans les affaires 1000, 2000 et 4000Affaires 1000, 2000, 4000
Trois dossiers pénaux : cadeaux de milliardaires (1000), tractations avec un éditeur de presse (2000), faveurs réglementaires au groupe Bezeq en échange de couverture favorable (4000)., NetanyahuBenjamin NetanyahuPremier ministre depuis 2022 (et 1996–1999, 2009–2021)Chef du Likud. Inculpé en 2019 pour corruption, abus de confiance et fraude. Procès ouvert en 2020, toujours en cours en 2026. Mandats CPI émis en novembre 2024. a transformé cette lacune en méthode de gouvernement. Le procès, ouvert en mai 2020, dure depuis six ans ; chaque réforme judiciaire, chaque blocage de commission d'enquête, chaque prolongation du conflit s'est inscrit, avec une régularité presque mécanique, dans le calendrier de cette survie.
« Netanyahu ne gouverne pas, il dure. » Anshel Pfeffer, Bibi, 2018
La demande de dissolution déposée le 13 mai 2026 intervient au moment exact où le contre-interrogatoire s'intensifie et où la demande de grâce présidentielle, soumise en novembre 2025, a échoué sur le refus du président HerzogIsaac HerzogPrésident de l'État d'Israël depuis 2021Fonction à rôle protocolaire. A refusé d'accorder une grâce à Netanyahu avant épuisement d'un éventuel accord de plaider-coupable. d'accorder quoi que ce soit avant épuisement d'un accord de plaider-coupablePlaider-coupable (plea deal)
Accord négocié entre l'accusé et le parquet : l'accusé plaide coupable à certains chefs en échange d'une peine allégée. Le président Herzog en a fait la condition préalable à toute grâce..
La coalition qui se tue sur sa propre faille
Le système électoral israélien, proportionnelle intégrale à liste nationaleProportionnelle intégrale (Israël)
120 sièges à la Knesset répartis proportionnellement, seuil à 3,25 %. Favorise la fragmentation partisane et les coalitions multipartites où les petits partis ont un pouvoir de chantage inversement proportionnel à leur poids., seuil à 3,25 %, donne aux petits partis satellites un pouvoir de chantage inversement proportionnel à leur poids démographique. La tension entre conscription universelle et exemption des étudiants des yeshivot HaredimYeshivot Haredim
Institutions d'enseignement religieux juif ultra-orthodoxe. Leurs étudiants bénéficiaient d'une exemption de service militaire, contestée par la société israélienne depuis 1948 et finalement censurée par la Cour Suprême en juin 2024. attendait son arrêt depuis cinquante ans ; il est tombé le 25 juin 2024, à neuf voix contre zéro, et interdit le financement des yeshivot dont les étudiants évitent le service.
Les partis HaredimHaredim (Ultra-orthodoxes)
Juifs ultra-orthodoxes représentant ~13 % de la population israélienne. Les partis Shas (séfarades) et UTJ (ashkénazes) défendent leurs intérêts., ShasShas
Parti ultra-orthodoxe séfarade, dirigé par Aryeh Deri. Membre de la coalition Netanyahu depuis 2022. Ne peut voter un budget sans loi d'exemption à la conscription. et UTJUnited Torah Judaism (Yahadout HaTorah)
Alliance ultra-orthodoxe ashkénaze. Défend les intérêts des Haredim ashkénazes et s'oppose à la conscription obligatoire., ne peuvent plus voter le budget sans loi d'exemption ; sans budget, la coalition tombe ; avec une loi d'exemption, c'est LiebermanAvigdor LiebermanChef d'Israël BeiteinouNationaliste laïc, hostile à toute exemption des Haredim. Facteur déclenchant des crises de coalition en 2019 et 2020. qui refuse d'entrer dans la prochaine. Ce n'est pas Netanyahu qui s'effondre, c'est une faille structurelle qui rouvre sous lui.
Le 7 octobre, ou le clivage de la vérité contre l'opacité
Dans les démocraties marquées par un événement fondateur non expliqué, la demande d'enquête institutionnelle devient une politique en elle-même. Israël a connu cela en 1973 avec la commission AgranatCommission Agranat (1973–1974)
Commission d'enquête instituée après la guerre de Kippour. A conclu à des défaillances majeures du renseignement militaire. Modèle de référence pour les enquêtes sur les failles sécuritaires israéliennes. ; en 2026, il n'a toujours pas constitué de commission équivalente sur la défaillance sécuritaire la plus lourde depuis cette même année 1973.
Netanyahu propose un format dérogatoire à la loi de 1968 sur les commissions d'enquêteLoi sur les commissions d'enquête (1968)
Seule cette loi permet une commission réellement indépendante — pouvoir de convoquer des témoins, d'accéder aux archives et de formuler des recommandations. Netanyahu propose depuis 2024 un format alternatif dépourvu de ces pouvoirs., et a soumis en janvier 2026 au contrôleur d'État un document de 55 pages renvoyant la responsabilité sur les chefs militaires et ses rivaux politiques. L'Israeli Democracy Index 2025Israeli Democracy Index 2025
Baromètre annuel de l'Institut israélien pour la démocratie. Édition 2025 : 27 % seulement des Juifs israéliens jugent leur démocratie « bonne ou excellente » — plancher historique. indique que 27 % seulement des Juifs israéliens jugent leur démocratie « bonne ou excellente », plancher historique.
La paralysie diplomatique par le droit
Le 21 novembre 2024, la Chambre préliminaire de la CPICour Pénale Internationale
Tribunal permanent siégeant à La Haye. 124 États parties au Statut de Rome. Compétent pour les crimes de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. a émis des mandats d'arrêtMandats d'arrêt CPI (21 novembre 2024)
Émis contre Netanyahu et Yoav Gallant pour crimes de guerre — dont la famine comme méthode de guerre — et crimes contre l'humanité commis à Gaza depuis octobre 2023. contre Netanyahu et Yoav GallantYoav GallantAncien ministre de la Défense d'IsraëlGénéral de corps d'armée (réserve). Limogé par Netanyahu en novembre 2024. Visé par un mandat CPI pour crimes de guerre à Gaza. pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Les 124 États parties au Statut de RomeStatut de Rome (1998)
Traité fondateur de la CPI. Les États parties ont l'obligation juridique d'exécuter les mandats sur leur territoire. L'article 27 écarte toute immunité fonctionnelle. sont juridiquement obligés d'exécuter ces mandats.
La fracture entre le réflexe américain (langage de puissance, sanctions contre la Cour) et le réflexe européen (langage juridique, suspension partielle des transferts d'armement) isole Israël jusque dans son camp. Les mandats visent les actes de l'État israélien autant que la personne de NetanyahuL'article 27 du Statut de Rome écarte toute immunité fonctionnelle. Un successeur ne serait pas à l'abri si la politique à Gaza se poursuit à l'identique. — Bennett franchit le contrôle des passeports européens, pas la frontière du droit.
Chambre préliminaire I, 21 novembre 2024. Crimes de guerre incluant la famine comme méthode de guerre, et crimes contre l'humanité. le 21 novembre 2024 pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Crédit : PBS NewsHour / AFP
Bennett, la même main sur la même tondeuse
L'image de la « tondeuse à gazon »Doctrine de la « tondeuse à gazon » (Gaza)
Métaphore forgée par des analystes israéliens pour décrire la stratégie militaire à Gaza depuis 2009 : frapper régulièrement pour dégrader les capacités du Hamas sans chercher à le détruire ni à négocier. L'herbe repousse toujours, une nouvelle tonte sera nécessaire., inventée par les analystes israéliens pour décrire la doctrine Gaza depuis 2009, désigne une stratégie qui ne résout pas, qui ne négocie pas, qui contient et qui répète. BennettNaftali BennettPremier ministre (2021–2022), candidat probable 2026A appliqué la doctrine de la tondeuse à gazon exactement comme ses prédécesseurs — documenté par Carnegie Endowment (nov. 2021) et BICOM (sept. 2021). Défend l'annexion de la zone C depuis 2012. a tondu en 2021-2022, exactement comme ses prédécesseurs.
Sur la CisjordanieCisjordanie (Rive ouest / West Bank)
Territoire palestinien occupé depuis 1967. Divisé en zones A (contrôle palestinien), B (conjoint) et C (israélien exclusif, ~61 % du territoire)., Bennett défend depuis 2012 l'annexion de la zone CZone C (Cisjordanie)
~61 % du territoire de Cisjordanie, sous contrôle administratif et sécuritaire israélien exclusif. Comprend les principales implantations de colons.. Pendant son année de gouvernement, il a refusé toute rencontre avec Mahmoud AbbasMahmoud Abbas (Abou Mazen)Président de l'Autorité palestinienneEn poste depuis 2005. Chef du Fatah. Bennett a refusé tout contact durant son gouvernement et qualifié un État palestinien de « terrible erreur ». et qualifié l'idée d'un État palestinien de « terrible erreur ». Lapid ne peut gouverner sans lui ; le programme commun de Beyachad sera donc le programme de Bennett tempéré par le procès qu'il n'a pas. Le verrou pénal saute, la porte reste fermée par d'autres serrures, exactement les mêmes.
« Le verrou pénal saute, la porte reste fermée par d'autres serrures, exactement les mêmes. »
Ce que la chute changerait vraiment
À l'échelle israélienne, la chute débloque un seul mécanisme, mais elle le débloque vraiment : la justice peut conclure son procès sans interférence exécutive, la commission d'enquête sur le 7 octobre peut enfin appliquer la loi de 1968Loi de 1968
Voir plus haut. Sa non-application depuis 2023 est la marque du blocage Netanyahu sur l'enquête 7 octobre. dans ses formes ordinaires, et la réforme judiciaire est suspendue. Sur tout le reste — ce qui intéresse l'extérieur — l'alternance ne produit rien.
À l'échelle régionale, l'effet est plus ambigu. Les capitales arabes peuvent croire à un réchauffement avec le départ de Ben GvirItamar Ben GvirMinistre de la Sécurité nationale (2022–2026)Chef d'Otzma Yehudit. Condamné en 2007 pour incitation au racisme. Sa présence au gouvernement a suscité des critiques diplomatiques des partenaires occidentaux et arabes d'Israël. et SmotrichBezalel SmotrichMinistre des Finances (2022–2026)Chef du Parti sioniste religieux. Favorable à l'annexion de la Cisjordanie. Gère l'administration civile des territoires occupés depuis 2022.. Mais l'administration Trump, dès avril 2026, a engagé une diplomatie directe avec Téhéran et conclu en mai des accords commerciaux massifs avec Riyad sans normalisation israélienne incluse. La normalisation saoudienne attendra un autre cycle.
À l'échelle internationale, la guerre laisse un déficit à 7,7 % du PIBContre 1,5 % en 2023. Exercice fiscal fin 2023 – fin 2024. Dépenses militaires : de ~12 % à ~20 % des dépenses publiques entre 2021 et 2025 selon le SIPRI., une croissance de 0,9 % en 2024 contre plus de 4 % avant le 7 octobre, et la première dégradation de notation souveraine depuis des décennies. Ces chiffres contraindront le successeur — ce qui s'appelle un héritage.
Les deux scénarios
Élections août–octobre 2026
Beyachad arriverait probablement en tête, formerait une coalition de centre et Bennett deviendrait Premier ministre dans un format fragile par construction — comme 2021-2022. La continuité sur Gaza, la Cisjordanie et l'Iran sera la règle. Le retour d'une commission d'enquête conforme à la loi de 1968 sera l'exception lisible.
Agonie prolongée, horizon 3–9 mois
La coalition prolonge son agonie jusqu'à un nouvel accident budgétaire. L'arrêt de juin 2024 sur la conscription Haredim n'admet aucune voie de sortie législative consensuelle. Le procès continue, les mandats CPI continuent, l'économie continue de se contracter.
L'inconnue est judiciaire
L'éventuel accord de plaider-coupable, dont le président Herzog a fait la condition préalable à toute grâce, peut clore le procès Netanyahu sans clore le procès Israël, à horizon douze à dix-huit mois.
La coalition de décembre 2022 devait verrouiller la souveraineté juive intégrale, la réforme judiciaire et la survie politique de son chef. Elle aura produit la plus grande défaillance sécuritaire depuis 1973, deux mandats d'arrêt CPICour Pénale Internationale
Mandats du 21 novembre 2024 contre Netanyahu et Gallant., une économie dégradée, une réforme judiciaire suspendue, et la chute probable du chef qu'elle prétendait protéger. L'alternance débloque les mécanismes institutionnels ; elle ne change pas la main sur la même tondeuse.
Ce billet sera mis à jour dans le futur.
- Anshel Pfeffer, Bibi : The Turbulent Life and Times of Benjamin Netanyahu, Scribe / Basic Books, 2018.
- Arab Center Washington DC, A Calculus of Conflict : Netanyahu's Political Survival Through Extended War, 2025.
- Arab Center Washington DC, The 2026 Israeli Election : Will Bennett and Lapid Oust Netanyahu ?, avril 2026.
- Israel Democracy Institute, Israeli Democracy Index 2025, décembre 2025.
- ICC Pre-Trial Chamber I, Warrants of Arrest for Benjamin Netanyahu and Yoav Gallant, novembre 2024.
- Israel Policy Forum, The Haredi Exemption, juin 2024, et An Extreme New Flavor of Annexationism, janvier 2023.
- Carnegie Endowment, The Bennett Government's Policy Towards Gaza, novembre 2021 ; BICOM, Bennett-Lapid Government and Regional Priorities, septembre 2021.
- Tufts University / Fares Center, Reflections on ICC Arrest Warrants, mai 2026 ; Oxford Journal of International Criminal Justice, Complementarity UnFairness, mai 2025.
- Dahlia Scheindlin, Israel's Political Turmoil, CSIS, mars 2025.
- Political instability in Israel over the last decades, Cogent Social Sciences, 2023 ; Oxford Handbook of Israeli Politics and Society, OUP, 2021.